Origines du Réveillon : du repas de vigile à la fête de la Saint-Sylvestre

Le mot « Réveillon » couvre en France deux soirées très différentes — celle du 24 décembre et celle du 31. Pourtant, c'est la même histoire, vieille de plusieurs siècles, qui les relie. Étymologie, racines religieuses, basculement vers une fête laïque : voici comment le Réveillon est devenu ce qu'il est.

Le mot avant l'idée : « réveillon »

« Réveillon » dérive directement du verbe réveiller, et plus précisément du sens ancien de « rester éveillé toute la nuit ». Avant de désigner un repas, le terme désigne donc une activité : veiller. Au XVIIᵉ siècle, on employait l'expression « faire réveillon » pour signifier qu'on prolongeait la soirée tard dans la nuit, parfois jusqu'à l'aube — généralement à l'occasion d'une fête.

Le glissement de sens vers « repas pris au cours de cette veillée » intervient progressivement aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Aujourd'hui, en français contemporain, le mot a presque perdu sa charge de « rester éveillé » et désigne uniquement le repas festif de Noël ou du Nouvel An. Le verbe « réveillonner » lui est postérieur et codifie cet usage gastronomique.

Le Réveillon de Noël : du jeûne à la table

Une nuit liturgique avant d'être festive

Dans la tradition catholique, le 24 décembre est d'abord la vigile de la Nativité. Comme toute vigile, elle s'accompagne historiquement d'un jeûne : on s'abstient de viande et on prie en attendant la messe de minuit, qui célèbre la naissance du Christ. C'est cette messe qui, longtemps, justifie qu'on soit réveillé au cœur de la nuit du 24 au 25.

Le repas que l'on prend au retour de la messe (parfois autour d'une heure du matin) est, à l'origine, simple : on rompt le jeûne avec un plat de poisson, des légumes d'hiver, parfois une volaille pour les plus à l'aise. Pas encore le festin que l'on connaît.

L'élargissement progressif

Plusieurs facteurs vont peu à peu transformer ce repas frugal :

Le Réveillon de Noël contemporain, partagé bien au-delà des familles pratiquantes, est l'aboutissement de cette longue séparation entre la liturgie d'origine et la table.

Le Réveillon de la Saint-Sylvestre : une autre histoire

Le 31 décembre est, dans le calendrier liturgique, la fête de saint Sylvestre Iᵉʳ, pape du IVᵉ siècle. Mais sa popularité comme date festive ne tient pas à la figure du saint : elle tient au fait que la Saint-Sylvestre tombe le dernier jour de l'année civile, juste avant le Nouvel An.

L'idée de marquer le passage à la nouvelle année est très ancienne — Romains, Celtes et Germains célébraient déjà des transitions de fin d'année à différentes dates. Mais en France, ce n'est qu'avec l'édit de Roussillon de 1564, qui fixe le 1ᵉʳ janvier comme premier jour de l'année (au lieu, selon les régions, du 25 mars, du 1ᵉʳ mars ou de Pâques), que le 31 décembre prend toute son importance comme veille de bascule.

Le repas du 31 reprend alors le mécanisme du Réveillon de Noël — on veille tard, on attend ensemble un moment précis (ici minuit, pas la messe) — mais il s'en distingue par sa nature franchement laïque, son caractère plus jeune et plus expansif. Pas de plats imposés par la liturgie : on y trouve plutôt les codes de la fête (champagne, mets prestigieux, sortie en groupe, embrassades de minuit).

Le Réveillon de Noël fait sortir d'un jeûne. Le Réveillon de la Saint-Sylvestre fait passer d'une année à l'autre. Deux veilles, deux logiques.

Le sens commun : passer un seuil ensemble

Au-delà de leurs origines distinctes, les deux Réveillons partagent une même fonction culturelle : marquer un seuil. Celui de Noël fait passer du temps de l'attente (l'Avent) au temps de la fête. Celui de la Saint-Sylvestre fait passer de l'année écoulée à l'année qui s'ouvre. Dans les deux cas, le rituel est collectif, nocturne et centré sur la table.

Cette structure n'est pas propre à la France. Sous d'autres noms, on retrouve ce schéma dans la Cena della Vigilia italienne, le Wigilia polonais (le repas du 24 décembre, traditionnellement composé de douze plats sans viande), ou encore le Hogmanay écossais qui célèbre la nuit du 31. Voir notre article sur Noël dans le monde pour un panorama plus large.

Évolutions contemporaines

Une fête de plus en plus laïque

Pour une part majoritaire de la population française aujourd'hui, le Réveillon n'a plus de dimension religieuse. La messe de minuit n'est plus un repère ; les plats traditionnels ont été conservés en tant que codes culturels, dissociés de leur contexte d'origine. Le « gros souper » provençal, par exemple, prolonge cette mémoire en mode régional, suivi du repas de la nuit puis des 13 desserts.

Des formes nouvelles

Préparer un Réveillon aujourd'hui

Quel que soit le degré de tradition souhaité, quelques repères pratiques aident :

Pour aller plus loin

Le Réveillon s'inscrit dans le grand ensemble des traditions de Noël en France, à côté du sapin de Noël, du Père Noël et de Saint-Nicolas. Pour suivre le calendrier de la fin d'année jour par jour, voyez notre éphéméride de décembre, en particulier les pages du 24 décembre, du 25 décembre et du 31 décembre.

Dernière révision : 7 mai 2026. Article général d'histoire culturelle. Les détails liturgiques sont volontairement simplifiés — pour une étude approfondie, se référer aux sources spécialisées.