Le mot avant l'idée : « réveillon »
« Réveillon » dérive directement du verbe réveiller, et plus précisément du sens ancien de « rester éveillé toute la nuit ». Avant de désigner un repas, le terme désigne donc une activité : veiller. Au XVIIᵉ siècle, on employait l'expression « faire réveillon » pour signifier qu'on prolongeait la soirée tard dans la nuit, parfois jusqu'à l'aube — généralement à l'occasion d'une fête.
Le glissement de sens vers « repas pris au cours de cette veillée » intervient progressivement aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Aujourd'hui, en français contemporain, le mot a presque perdu sa charge de « rester éveillé » et désigne uniquement le repas festif de Noël ou du Nouvel An. Le verbe « réveillonner » lui est postérieur et codifie cet usage gastronomique.
Le Réveillon de Noël : du jeûne à la table
Une nuit liturgique avant d'être festive
Dans la tradition catholique, le 24 décembre est d'abord la vigile de la Nativité. Comme toute vigile, elle s'accompagne historiquement d'un jeûne : on s'abstient de viande et on prie en attendant la messe de minuit, qui célèbre la naissance du Christ. C'est cette messe qui, longtemps, justifie qu'on soit réveillé au cœur de la nuit du 24 au 25.
Le repas que l'on prend au retour de la messe (parfois autour d'une heure du matin) est, à l'origine, simple : on rompt le jeûne avec un plat de poisson, des légumes d'hiver, parfois une volaille pour les plus à l'aise. Pas encore le festin que l'on connaît.
L'élargissement progressif
Plusieurs facteurs vont peu à peu transformer ce repas frugal :
- l'urbanisation et la disponibilité de denrées plus variées au XIXᵉ siècle ;
- l'essor d'une bourgeoisie urbaine qui adopte la table comme rituel social ;
- la mise en avant, au XXᵉ siècle, de produits désormais emblématiques (huîtres, dinde, foie gras, bûche pâtissière) par les restaurateurs et l'industrie agroalimentaire ;
- la sécularisation : pour beaucoup de familles, la messe de minuit a disparu, mais le repas est resté.
Le Réveillon de Noël contemporain, partagé bien au-delà des familles pratiquantes, est l'aboutissement de cette longue séparation entre la liturgie d'origine et la table.
Le Réveillon de la Saint-Sylvestre : une autre histoire
Le 31 décembre est, dans le calendrier liturgique, la fête de saint Sylvestre Iᵉʳ, pape du IVᵉ siècle. Mais sa popularité comme date festive ne tient pas à la figure du saint : elle tient au fait que la Saint-Sylvestre tombe le dernier jour de l'année civile, juste avant le Nouvel An.
L'idée de marquer le passage à la nouvelle année est très ancienne — Romains, Celtes et Germains célébraient déjà des transitions de fin d'année à différentes dates. Mais en France, ce n'est qu'avec l'édit de Roussillon de 1564, qui fixe le 1ᵉʳ janvier comme premier jour de l'année (au lieu, selon les régions, du 25 mars, du 1ᵉʳ mars ou de Pâques), que le 31 décembre prend toute son importance comme veille de bascule.
Le repas du 31 reprend alors le mécanisme du Réveillon de Noël — on veille tard, on attend ensemble un moment précis (ici minuit, pas la messe) — mais il s'en distingue par sa nature franchement laïque, son caractère plus jeune et plus expansif. Pas de plats imposés par la liturgie : on y trouve plutôt les codes de la fête (champagne, mets prestigieux, sortie en groupe, embrassades de minuit).
Le sens commun : passer un seuil ensemble
Au-delà de leurs origines distinctes, les deux Réveillons partagent une même fonction culturelle : marquer un seuil. Celui de Noël fait passer du temps de l'attente (l'Avent) au temps de la fête. Celui de la Saint-Sylvestre fait passer de l'année écoulée à l'année qui s'ouvre. Dans les deux cas, le rituel est collectif, nocturne et centré sur la table.
Cette structure n'est pas propre à la France. Sous d'autres noms, on retrouve ce schéma dans la Cena della Vigilia italienne, le Wigilia polonais (le repas du 24 décembre, traditionnellement composé de douze plats sans viande), ou encore le Hogmanay écossais qui célèbre la nuit du 31. Voir notre article sur Noël dans le monde pour un panorama plus large.
Évolutions contemporaines
Une fête de plus en plus laïque
Pour une part majoritaire de la population française aujourd'hui, le Réveillon n'a plus de dimension religieuse. La messe de minuit n'est plus un repère ; les plats traditionnels ont été conservés en tant que codes culturels, dissociés de leur contexte d'origine. Le « gros souper » provençal, par exemple, prolonge cette mémoire en mode régional, suivi du repas de la nuit puis des 13 desserts.
Des formes nouvelles
- Réveillons « à plusieurs maisons » : on dîne en famille pour Noël, on rejoint des amis pour la Saint-Sylvestre. Cette répartition est devenue très courante.
- Réveillon en voyage : passer le 31 ou le 24 dans une destination de fêtes. C'est l'un des grands moteurs du tourisme de décembre — voir notre guide des voyages en décembre.
- Réveillons solidaires, organisés par des associations qui accueillent à table les personnes seules ou en difficulté la nuit du 24. Une forme de retour, sous d'autres habits, à la dimension collective et hospitalière de la fête.
Préparer un Réveillon aujourd'hui
Quel que soit le degré de tradition souhaité, quelques repères pratiques aident :
- fixer le format à l'avance (assis, buffet, plusieurs services) — la suite du repas en dépend ;
- équilibrer plats riches (foie gras, fruits de mer) et plus légers, surtout le 24 où la veillée est longue ;
- prévoir une pause entre l'apéritif et le plat principal, surtout si la soirée commence tôt ;
- côté prix : un grand repas n'a pas besoin d'être cher pour être réussi — voir notre menu de Noël pas cher ou la version végétarienne ;
- pour les boissons, la recette traditionnelle de vin chaud fait un excellent apéritif d'hiver, en complément du champagne.
Pour aller plus loin
Le Réveillon s'inscrit dans le grand ensemble des traditions de Noël en France, à côté du sapin de Noël, du Père Noël et de Saint-Nicolas. Pour suivre le calendrier de la fin d'année jour par jour, voyez notre éphéméride de décembre, en particulier les pages du 24 décembre, du 25 décembre et du 31 décembre.
Dernière révision : 7 mai 2026. Article général d'histoire culturelle. Les détails liturgiques sont volontairement simplifiés — pour une étude approfondie, se référer aux sources spécialisées.